Institut Pasteur de la Guyane

Historique

vendredi 11 avril 2008 par Webmaster

Institut d'Hygiène et de ProphylaxieL’Institut Pasteur de la Guyane a succédé à l’ancien Institut d’Hygiène et de Bactériologie fondé par l’arrêté du Gouverneur DIDELOT du 10 mars 1914 dans les locaux de la rue Victor Schoelcher à l’emplacement où s’élève aujourd’hui le bâtiment de la Direction de la Santé et du Développement Social (DSDS). Il constituait le principal centre de la lutte anti-lépreuse, maladie dominant la pathologie guyanaise à l’époque et accaparant une grande partie de l’activité de l’institut. Il était chargé de la lutte contre les principales pathologies infectieuses de la Colonie (parasitoses intestinales, paludisme et fièvre jaune).

Marcel LEGER (1878-1934) ancien élève de l’Ecole de médecine navale de Bordeaux, est désigné en août 1916 pour aller servir en Guyane où ses fonctions de Directeur du Service de Santé l’amènent à diriger l’Institut d’Hygiène et de Prophylaxie et à livrer à de nombreuses recherches de laboratoire, qui mettront en lumière bien des points encore obscurs de la pathologie du pays. De 1926 à 1928, Hubert MARNEFFE (1901-1970), médecin du service de santé des troupes coloniales, dirige et réorganise l’Institut d’hygiène et de prophylaxie de la Guyane

1940-1966

L'Institut Pasteur de la Guyane Française et du Territoire de l'IniniL’Institut Pasteur de la Guyane Française et du Territoire de l’Inini, fondation privée reconnue d’utilité publique, est créé le 7 décembre 1940, succédant à l’Institut d’Hygiène et de Prophylaxie. Dirigé par le Médecin Capitaine Hervé FLOCH, il est inauguré officiellement le 16 juillet 1941 en présence de Monsieur R. CHOT Gouverneur de la Guyane et du Médecin Lieutenant Colonel MEYDIEU chef du Service de Santé de la Colonie.

Laboratoire de bactériologiePar contrat passé le 29 novembre 1941 entre le Gouvernement de la Guyane Française et du Territoire de l’Inini et l’Institut Pasteur de Paris il est à la disposition des divers services médicaux de la Colonie, de la Troupe et de l’Administration Pénitentiaire. Il occupe temporairement l’ancien immeuble de l’Institut d’Hygiène dans des locaux qui vont rapidement devenir exigus en attendant la construction de nouveaux bâtiments sur un emplacement de la Pointe Buzaré.
Dès le début, les tâches sont définies : laboratoire d’analyses, actions de santé publique, recherche. Il assure les analyses médicales microbiologiques, parasitologiques, sérologiques et biochimiques.

Laboratoire de chimieA compter du 24 mai 1944 il fonctionne comme Dispensaire Colonial, le directeur de l’institut est directeur du Bureau d’Hygiène et du Service de lutte antipaludique et antiamarile. Il est responsable des études entomologiques, des analyses bactériologiques de l’eau et des produits alimentaires, ainsi que des analyses vétérinaires pour la Colonie. La production de vaccins est rapidement mise en route.

Le département d’Outre-mer est créé en 1946 : le territoire de l’Inini devient l’un des deux arrondissements et s’intitule Saint-Laurent-du-Maroni. L’institut devient l’Institut Pasteur de la Guyane et le contrat signé est renouvelé avec le Département de la Guyane le 8 novembre 1948.

L’institut consacre ses premiers travaux de recherche à la lèpre, au paludisme et aux maladies infectieuses du continent Sud-américain : leishmaniose, maladie de Chagas, blastomycose, tuberculose, dysenterie bacillaire, parasitoses intestinales (ankylostomiase), salmonelloses, pour ne citer que les principales. Malgré les années noires de la seconde guerre mondiale et les années qui suivirent, un extraordinaire travail de recherche sur les maladies transmissibles infectieuses et parasitaires étaient entrepris.

Dispensaire anti-hansenien de Cayenne Le dépistage de la lèpre est une des préoccupations majeures de l’Institut et les premiers essais mondiaux de la sulfone-mère pour le traitement de la lèpre commençaient en 1949 et le protocole alors mis au point est toujours d’actualité. En 1951 le directeur est désigné comme médecin chef du Dispensaire anti-hansenien de Cayenne et léprologue départemental. Il dirige les missions du pavillon des lèpreux à l’Hôpital St Denis, au Dispensaire Central de la lèpre, à l’Ecole Marchoux et au sanatorium de l’Acarouany.

Ecole MARCHOUX de CAYENNE Sanatorium départemental de l'Accarouany

C’est surtout en entomologie que l’œuvre est considérable, près de 140 espèces de moustiques et phlébotomes étaient décrits en Guyane.

La première campagne de lutte antiamarile et antipaludique démarre en 1949. En 1950, la Guyane Française fut le second territoire d’Amérique du sud à réaliser l’éradication d’Aedes aegypti. L’éradication d’Aedes aegypti vecteur de la dengue et de la fièvre jaune est obtenue en 1952 sur le littoral guyanais alors que la transmission du paludisme étaient réduite à son taux le plus bas en 1953.

Hervé FLOCH
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Hervé FLOCH
(1908 - 1996)

Ancien élève de l’Ecole de Santé Navale à Bordeaux, médecin des troupes coloniales, ancien élève de l’Institut Pasteur à Paris, est nommé en Guyane en 1938 et sera, dans un premier temps, de 1938 à 1940, directeur de l’institut d’hygiène et de prophylaxie de la Guyane. Dans un deuxième temps, de 1940 à 1956, il exercera les fonctions de directeur de l’institut Pasteur de la Guyane française et du territoire de l’Inini. Parallèlement à ses activités de directeur de l’institut Pasteur, Hervé Floch couvre, depuis l’avènement de la départementalisation, les services départementaux de la lèpre, de l’hygiène, de la lutte antipaludique et de la lutte antiamarile, ainsi que le service vétérinaire. En outre, du fait de la pénurie de professeurs dans cette matière, il enseigne durant plusieurs années, les sciences naturelles au Lycée Félix Eboué. En 1964, il revient en Guyane, reprenant ses fonctions, et ceci, jusqu’en 1966, date à laquelle il se retrouve à l’institut Pasteur de Paris.
Hervé FLOCH

La construction d’un nouvel institut prévue avenue Franklin Roosevelt sur le terrain « Jardin du Pénitencier de Cayenne » dès le début dans le contrat signé en 1940 entre la Colonie et l’Institut Pasteur tarde à se réaliser. Les travaux commencent en 1954 et le 11 janvier 1958 l’Institut Pasteur abandonnait la vieille maison de la rue Schoelcher et prenait possession des nouveaux locaux de l’immeuble rue Franklin-Roosevelt (actuellement 23 avenue Pasteur) à l’emplacement d’un petit pénitencier édifié entre 1867 et 1872 près de la pointe Buzaret.
Sur un terrain de près de 2 hectares incluant le jardin du pénitencier et les anciens logements des surveillants mariés, était construit le bâtiment principal.

le bâtiment principal les anciens logements des surveillants mariés

Pendant la direction du Médecin commandant des troupes de marine Raimond FONTAN un nouveau contrat est négocié et signé le 12 février 1959 entre Jacques TREFOUËL directeur de l’Institut Pasteur de Paris et André DUBOIS-CHABERT préfet du Département de la Guyane. Dans ces locaux vastes et bien conçus, dont un quart initialement sont partagés avec l’Institut Français d’Amérique Tropicale et le Service Vétérinaire Départemental, sont installés le laboratoire d’analyses médicales, seul laboratoire privé de Guyane, et les laboratoires de recherche. L’Institut Pasteur continue à assurer la direction technique et administrative, à nommer les personnels scientifiques, alors que le recrutement du personnel scientifique est du ressort du département. Il est chargé du Service Départemental d’Hygiène, du Service de Lutte antipaludique et antiamarile, du Service de Lutte anti-hansénienne, du service antirabique et du Service Départemental de désinfection, désinsectisation et dératisation.

Le Médecin colonel Charles SILVERIE assure la direction de juin 1961 à juillet 1964 et poursuit l’étude de la pathologie guyanaise (lèpre, paludisme, rickettsiose à Rickettsia burnetti. Les locaux occupés par le Service Départemental vétérinaire sont libérés au tout début 1964.

Hervé FLOCH revenu à la direction en octobre 1964, obtient en 1965 la remise définitive des locaux occupés par l’Institut Français d’Amérique Tropicale devenu l’ORSTOM. Cette extension se fait au bénéfice du service d’entomologie et va permettre la création d’un service de virologie.

1966-1981

Au cours des 25 années précédentes le fléau du paludisme a été conjuré, la lèpre traitée et le risque lié à Aedes aegypti écarté. A partir de 1966 s’ouvre une nouvelle voie, la virologie, avec de nouvelles études et de nouvelles perspectives. L’Institut Pasteur de la Guyane va continuer à assurer ses deux missions prioritaires : assurer la protection des populations contre les nouveaux fléaux qui les guettent et contribuer à la connaissance des pathologie régionales.

La pathologie tropicale s’est enrichie d’un chapitre nouveau : les arboviroses. Dès son arrivée en août 1966 Charles SERIE, cadre des IPOM, prend la décision d’entreprendre des recherches sur les arbovirus en Guyane et créé en 1967 un laboratoire de virologie. Le programme de recherche sur les arbovirus qui va se concrétiser avec l’établissement d’un groupe de recherche INSERM (U79) qui va fonctionner jusqu’en 1979. Il se focalise sur un inventaire complet des arbovirus, une surveillance de la fièvre jaune (disparue du département depuis 1902 mais présente dans les pays limitrophes) et de la dengue dont plusieurs épidémies se succèdent en Guyane (1969-70, 1977, 1978) ainsi que sur la description des cycles naturels. Une vingtaine d’arbovirus sont isolés, dont 3 nouveaux d’origine guyanaise (Tonate, Rochambeau, Cabassou).

Suite au décret ministériel du 22 mai 1967, complétant l’arrêté Préfectoral de 1954, rendant la vaccination obligatoire en Guyane, une campagne de vaccination de masse est conduite par l’Institut Pasteur : en 2 mois 35.890 personnes sont vaccinées (soit près de 90% de la population de l’époque) contre la fièvre jaune. Les vaccinations sont ensuite centralisées à l’Institut Pasteur qui va assurer près de 10.000 vaccinations annuelles.
A cette époque le site de Kourou est choisi pour la construction de la base spatiale. L’Institut Pasteur en 1967 assure une vaste enquête entomologique sur les arthropodes vecteurs et sources de nuisance, le contrôle sanitaire et la vaccination de la main-d’œuvre embauchée pour ce chantier.

Dans les années 70, sous l’impulsion de Jean-Pierre DIGOUTTE (1972-1978) puis de Yves ROBIN (1978-1988) les activités de recherche sur les arbovirus sont poursuivies. C’est à partir de 1978 que fut prise la décision de s’engager dans de nouvelles activités concernant les parasitoses et plus particulièrement le paludisme et la leishmaniose.

Depuis 1981

Un bâtiment de 600m2 est construit, inauguré en 1983, pour la parasitologie et l’installation en 1981 d’un Centre de primatologie avec un élevage fermé de singes Saïmiris sur le site de l’avenue Pasteur et un élevage ouvert dans les conditions naturelles sur un ilet de 52 hectares (l’Ilet la Mère) permettait d’entreprendre sur un modèle animal expérimental, des études sur la physiopathologie et l’immunologie du paludisme ainsi que des études sur la mise au point d’un vaccin.
La leishmaniose cutanée, autre endémie majeure de la région amazonienne, fait l’objet d’un programme de recherches depuis 1979, les principaux axes touchent l’épidémiologie, l’immunologie et la thérapeutique. L’étude des cycles est menée en collaboration avec le service d’entomologie médicale de l’ORSTOM. 
Par ailleurs la découverte de cycles sylvatiques de Trypanosoma cruzi a conduit à aborder l’étude épidémiologique de la maladie de Chagas dans le département.

Dans le domaine de la santé publique, le laboratoire de virologie était nommé en 1981 Centre National de Référence pour la dengue, la fièvre jaune et la dengue, régulièrement renouvelé depuis sous le nom de Centre National de Référence des arbovirus et virus influenza pour les Antilles et la Guyane. Le laboratoire de parasitologie est ensuite nommé Centre National de Référence de la chimiorésistance du paludisme pour les Antilles-Guyane. En 2005, le CNR des arbovirus et virus influenza a été agréé en 2005 comme laboratoire pour la grippe aviaire.

Les lois de décentralisation de 1983, puis de 1985 pour ce qui concerne le secteur sanitaire, ont transféré certaines compétences de l’État vers les collectivités territoriales. En 1986, la convention liant l’Institut Pasteur et le département est dénoncée et les activités de lutte antipaludique, incluant la lutte antivectorielle anti-anophélienne, de la lutte anti-hansénienne et du laboratoire départemental d’hygiène lui sont retirées et sont tranférées au Conseil général.
En 1993 est signée une convention tripartite DSDS-IPG-ConseilGénéral qui revoit le dispositif de la lutte contre les maladies transmises par moustique et déléguait la réalisation des enquêtes entomologiques à l’Institut Pasteur et la lutte anti-paludique au Conseil général.
Depuis le 18 novembre 2002, une nouvelle convention spécifique lie pour 3 ans l’Institut Pasteur de la Guyane et le Ministère de l’emploi et de la solidarité (représenté par le Préfet de la Région Guyane) dans le cadre de la lutte contre les maladies humaines transmises par les insectes, porte sur la réalisation d’expertises et d’enquêtes entomologiques.

Dans le domaine de la recherche depuis 1990 ont été successivement créés les laboratoires de rétrovirologie (HTLV-1 puis VIH-1), d’immunologie parasitaire (immunologie du paludisme avec le modèle Plasmodium falciparum, et immunologie des leishmanioses), de parasitologie moléculaire (polymorphisme des Plasmodium), le laboratoire d’hygiène et d’environnement et une unité d’épidémiologie.

L’institut a poursuivi ses activités de service. Le laboratoire d’analyses de biologie médicale, laboratoire privé à but non lucratif, a vu son volume d’analyses médicales croître régulièrement d’année en année. La réalisation d’actes spécialisés (mycobactéries, HTLV, cytométrie de flux…) lui a ouvert la clientèle des cliniques et hôpitaux de Guyane. Le laboratoire d’hygiène et d’environnement, outre ses deux missions principales (analyses physico-chimiques et bactériologiques des eaux et des aliments), a été agréé successivement en 2001 comme laboratoire régional pour le dépistage de l’encéphalite spongiforme bovine, en 2005 comme laboratoire de microbiologie pour l’Agence Spatiale Européenne et en 2008 par le Cofrac.

Les directeurs successifs de l’Institut Pasteur de la Guyane
7 décembre 1940 - 9 decembre 1957 Hervé FLOCH
10 décembre 1957 - 19 mai 1958 Marcel MAILLOUX (par intérim)
20 mai 1958 - 27 juin1961 Raimond FONTAN
28 juin 1961 - 17 juillet 1964 Charles SILVERIE
30 octobre 1964 - 31 juillet 1966 Hervé FLOCH
15 août 1966 - 21 juillet 1972 Charles SERIE
8 septembre 1972 - 7 juillet 1978 Jean Pierre DIGOUTTE
8 juillet 1978 - 19 décembre1988 Yves ROBIN
20 décembre 1988 - 30 septembre 1995 Jean Paul MOREAU
1 octobre 1995 - 30 septembre 2001 Jean Louis SARTHOU
1 octobre 2001 - 30 juin 2007 Jacques MORVAN
1 septembre 2007 - André SPIEGEL

Rue Carlos Finlay


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